La qualité d'un chatbot dépend entiÚrement du contenu sur lequel il s'appuie. Des pages obsolÚtes et des incohérences peuvent passer inaperçues sur un site web pendant des années. Un chatbot les met impitoyablement en évidence, car il lit tout et cite ce qu'il trouve. Nous avons donc développé un outil qui vérifie le contenu avant que le bot ne donne une réponse en s'appuyant sur celui-ci. Lorsqu'un chatbot dit quelque chose d'erroné, le problÚme vient rarement du modÚle. En général, il se trouve à la page 1'243.

Un chatbot est un lecteur trĂšs attentif

Prenons l’exemple d’Acme Inc, entreprise fictive d’automatisation basĂ©e Ă  Zurich et disposant d’un petit site web: 25 pages, une seule Ă©quipe, une poignĂ©e de services, quelques actualitĂ©s et Ă©vĂ©nements, ainsi que les mentions lĂ©gales habituelles. La page d’accueil indique « fondĂ©e en 1987 ». La page « À propos » prĂ©cise « depuis notre crĂ©ation en 1994 ». Jonas Brunner est directeur financier sur la page « Équipe », mais un article d’actualitĂ© datant du mois de mai le fĂ©licite en tant que responsable de l’ingĂ©nierie robotique. Le dĂ©lai de rĂ©ponse dans l’abonnement Ă  la maintenance prĂ©dictive est de quatre heures, ou de 24 heures, selon la page consultĂ©e.
Chacune de ces informations constitue une petite erreur. Bien sĂ»r, personne ne lit les deux pages en mĂȘme temps. Elles passent donc inaperçues et ne sont jamais corrigĂ©es. Un chatbot, lui, les lit toutes les deux et rĂ©pond d’une maniĂšre ou d’une autre en fonction de la question posĂ©e.

Sur un site de 25 pages, quelqu’un finirait bien par repĂ©rer ce genre d’erreur. Nos clients gĂšrent des sites web comptant plus de 15 000 pages, qui se sont dĂ©veloppĂ©s sur une dizaine d’annĂ©es ou plus et sont gĂ©rĂ©s par des dizaines d’équipes Ă©ditoriales et des centaines de rĂ©dacteur·trice·s. Personne lĂ -bas ne sait ce que le site web affirme dans son ensemble, et aucun ĂȘtre humain ne peut garantir la qualitĂ© Ă  une telle Ă©chelle. Raison pour laquelle nous automatisons le contrĂŽle de la qualitĂ© du contenu, ce qui implique tout d’abord de dĂ©finir ce qu’on entent par « bonne qualitĂ© ».

Un contenu « de qualité »

Nous décomposons la « qualité » en trois niveaux, dans l'ordre dans lequel une machine peut les vérifier. Tout d'abord, les faits objectifs, puis le jugement du lecteur et enfin le contexte du systÚme.

En résumé:

  • La qualitĂ© du contenu consiste Ă  vĂ©rifier si le contenu est exact (exactitude, exhaustivitĂ©, actualitĂ©, cohĂ©rence).
  • La qualitĂ© communicative consiste Ă  vĂ©rifier s’il parvient au lecteur (comprĂ©hensibilitĂ©, pertinence, structure, ton).
  • La qualitĂ© fonctionnelle consiste Ă  vĂ©rifier s’il fonctionne au sein du systĂšme (facilitĂ© de recherche, accessibilitĂ©, crĂ©dibilitĂ©, facilitĂ© de maintenance).

Certains de ces critĂšres relĂšvent encore du jugement Ă©ditorial. Cependant, une partie Ă©tonnamment importante de cette liste peut ĂȘtre vĂ©rifiĂ©e par une machine.

Trois questions

Dans la liste, nous avons retenu les trois points les plus problématiques sur les grands sites web:

  1. CohĂ©rence: oĂč le contenu se contredit-il? Horaires d’ouverture, tarifs, dates limites, responsabilitĂ©s, chiffres. Une mĂȘme information figure souvent Ă  trois endroits diffĂ©rents, et au moins l’un d’entre eux est obsolĂšte.
  2. ActualitĂ©: qu’est-ce qui n’est plus valable? Le contenu dont les informations sont pĂ©rimĂ©es: une date limite d’inscription de l’annĂ©e derniĂšre, une date dĂ©jĂ  dĂ©passĂ©e.
  3. Pertinence: les utilisateurs posent-ils des questions auxquelles le contenu n’apporte aucune rĂ©ponse? C’est la lacune la plus invisible. Personne ne se plaint d’une page qui n’existe pas.

Un audit de contenu manuel rĂ©pond Ă  ces questions pour un Ă©chantillon, une seule fois, et est dĂ©jĂ  obsolĂšte au moment oĂč il est terminĂ©. Nous voulions un outil capable de vĂ©rifier l’ensemble du site et pouvant ĂȘtre utilisĂ© de maniĂšre rĂ©pĂ©tĂ©e.

Analyse de la qualité du contenu

Nous avons dĂ©veloppĂ© dans LiipGPT un module que nous appelons «Analyse de la qualitĂ© du contenu», ou CQA en abrĂ©gĂ©, «c’est quoi?» quand on veut faire les malins. Il explore un site web et effectue trois vĂ©rifications (une par question ci-dessus). Le rĂ©sultat est une liste classĂ©e par ordre de prioritĂ© de constatations concrĂštes accompagnĂ©es de leurs sources, qu’une personne doit ensuite valider ou rejeter.

1. Le détecteur de contradictions

Une approche naĂŻve consisterait Ă  comparer chaque page avec toutes les autres. Avec 1'691 pages, cela donnerait environ 1,4 million de paires, dont la plupart n’ont aucun rapport entre elles. Nous procĂ©dons donc par Ă©tapes:

  1. Extraction des affirmations. Un modÚle linguistique extrait de chaque page les faits vérifiables: « année de création : 1987 », « temps de réponse de la maintenance prédictive: 4 heures », « Jonas Brunner: directeur financier ». Chaque affirmation se voit attribuer un type et une entité.
  2. Recherche de candidates. Les affirmations sont représentées sous forme de vecteurs. Nous ne prenons en compte que les paires sémantiquement proches, quelle que soit la section du site web dans laquelle elles se trouvent.
  3. Filtrage rapide, vérification approfondie. Un petit modÚle élimine les paires manifestement inoffensives. Un modÚle plus puissant évalue ce qui reste par rapport aux pages complÚtes, à trois reprises de maniÚre indépendante. Seules les informations confirmées par au moins deux des trois analyses sont intégrées au rapport.

La derniĂšre Ă©tape est dĂ©libĂ©rĂ©ment la plus coĂ»teuse. Nous prĂ©fĂ©rons avoir peu de rĂ©sultats valables plutĂŽt que de nombreux rĂ©sultats que l’équipe doit revĂ©rifier manuellement.
Pour Acme Inc, l’entonnoir se prĂ©sente ainsi: 25 pages, 178 allĂ©gations, 78 paires candidates, trois contradictions confirmĂ©es.

Sur un site réel comptant environ 1'700 pages, 8'680 affirmations ont généré prÚs de 38 millions de paires théoriques, et sept contradictions confirmées subsistaient à la fin.

2. Contenu obsolĂšte

La deuxiĂšme vĂ©rification est moins spectaculaire, mais reste souvent la plus grande surprise. CQA examine l’anciennetĂ© du contenu par section et recherche les dates limites dĂ©jĂ  dĂ©passĂ©es: « s’inscrire avant le 31 mars 2025 », « valable jusqu’à fin 2024 ». Un analyseur de dates multilingue permet de distinguer une date limite d’une date narrative (« en 2019, nous
 »).
Sur le site d’Acme, six des 25 pages n’ont pas Ă©tĂ© mises Ă  jour depuis plus de trois ans, dont quatre depuis plus de cinq ans, parmi lesquelles la politique de confidentialitĂ© datant de 2019 et une note relative au COVID datant de mars 2020. De plus, le site affiche toujours des dates limites dĂ©passĂ©es: un appel Ă  candidatures pour un apprentissage clĂŽturĂ© en mars 2024 et la mention « sur rendez-vous uniquement jusqu’au 30 avril 2020 » figurant dans la note relative au COVID. Sur le site rĂ©el mentionnĂ© ci-dessus, 37% des pages n’avaient pas changĂ© depuis plus de deux ans. Les anciennes pages ne sont pas nĂ©cessairement erronĂ©es, mais elles indiquent Ă  l’équipe par oĂč commencer.

3. Alignement des intentions

La troisiÚme vérification nécessite un chatbot opérationnel, car elle utilise les vraies questions posées par les utilisateur·trice·s. Le CQA regroupe ces questions par intention, nomme chaque groupe (« commander des piÚces détachées », « tarifs des contrats de maintenance ») et fait appel à un modÚle pour déterminer si le contenu existant répond à la question du groupe, y répond partiellement ou pas du tout.

Pour Acme Inc, nous avons mis en place un chatbot LiipGPT et lui avons posĂ© 1'240 questions du type de celles que poseraient des clients et des prospects. RĂ©sultat: 18 intentions, 11 rĂ©pondues, 5 partiellement rĂ©pondues, 2 non rĂ©pondues. Exemple de rĂ©ponse partielle: « Quel est le dĂ©lai de livraison des piĂšces dĂ©tachĂ©es?» La page consacrĂ©e aux piĂšces dĂ©tachĂ©es explique comment passer commande, mais ne mentionne pas les dĂ©lais de livraison. Questions non rĂ©pondues: «Êtes-vous actifs en dehors de l’Europe? » et «Proposez-vous des solutions de leasing ou de financement?». Le site web ne rĂ©pond Ă  aucune de ces deux questions, bien qu’elles reviennent souvent.

Sur un chatbot Ă  grande Ă©chelle du secteur public, le tableau se prĂ©sentait ainsi: 107'000 questions, 111 intentions, les 50 plus frĂ©quentes Ă©valuĂ©es comme suit: 22 ont reçu une rĂ©ponse, 21 une rĂ©ponse partielle, 7 aucune rĂ©ponse. La lacune la plus importante Ă©tait Ă  la fois banale et coĂ»teuse. Les utilisateurs souhaitaient obtenir une adresse e-mail et n’en ont pas reçu dans 63% des cas, car le contenu n’en comportait aucune.

Mesures concrĂštes pour l’équipe

Une liste de tĂąches plutĂŽt qu’un audit. Au lieu de dire « la qualitĂ© du contenu est de 6,4 sur 10 », le systĂšme renvoie une vĂ©ritable liste de tĂąches: « ces sept passages se contredisent, ces douze Ă©chĂ©ances sont dĂ©passĂ©es, le public pose des questions sur ces deux sujets et le site web n’y rĂ©pond pas». Chaque constat est accompagnĂ© d’une URL. Les corrections peuvent immĂ©diatement ĂȘtre apportĂ©es.
Tri par responsable. Les rĂ©sultats peuvent ĂȘtre filtrĂ©s par section du site web et, une fois le mappage en place, par unitĂ© organisationnelle responsable. Le service Communication voit ses rĂ©sultats, les RH voient les leurs.
RĂ©pĂ©table. Une analyse peut ĂȘtre relancĂ©e aprĂšs chaque refonte du site, ou simplement tous les trimestres. Les rĂ©sultats rĂ©solus disparaissent, apparaissent Ă  nouveau, et le chatbot s’amĂ©liore sans que personne n’ait Ă  modifier le modĂšle, les requĂȘtes ou la configuration.

Ce que ce n'est pas

CQA n'est pas un correcteur orthographique et ne réécrit pas le texte. Il ne remplace pas le travail éditorial et ne juge pas si un texte est complet ou compréhensible. Cela reste du travail humain, et les outils de référencement naturel (SEO) sont plus efficaces pour améliorer la visibilité. Par ailleurs, «confirmé» signifie «confirmé trois fois par un modÚle linguistique», et non par une personne. La décision finale quant à savoir qui de 1987 ou 1994 est la réponse correcte revient à un·e collaborateu·trice d'Acme. L'outil se contente de s'assurer que la question soit posée.

Jetez un Ɠil à la page 1'243

Si vous envisagez de crĂ©er un chatbot, si vous en exploitez dĂ©jĂ  un et que vous vous demandez pourquoi il affirme parfois des choses qui « ne sont pas tout Ă  fait exactes », ou si vous souhaitez simplement savoir quelles pages doivent ĂȘtre amĂ©liorĂ©es en prioritĂ© : nous serons ravis d'en discuter avec vous.